BREAKING (RE)NEWS DU 15 SEPTEMBRE 2023 :  LE FUTUR DYSTOPIQUE EST DEJA LA !

Les lecteurs attentifs des Breaking (RE)NEWS du mois d’août n’auront pas manqué notre petite série dystopique, sous forme de références à des films ou des anticipations lointaines. Un rappel prémonitoire car  « le futur dystopique est déjà là ! » selon le haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, qui a martelé lundi que « le changement climatique plonge des millions de personnes dans la famine » , entraîne « des incendies, inondations et canicules dévastatrices », toutes évolutions qui « poussent un nombre croissant de migrants à fuir ». Cette réalité ne semble pourtant pas trop avoir impressionné les dirigeants du G20, réunis à New-Delhi et qui n’ont pas estimé utile, dans leur communiqué final, d’évoquer l’objectif nécessaire de sortir des énergies fossiles. Un sommet « sans grands résultats », dixit Le Monde, et même « insuffisant » pour Emmanuel Macron, dont vous pouvez visionner une partie de l’intervention ici. « J’alerte tout le monde, nous n’y sommes pas », a insisté le président français, lors d’une conférence de presse, ajoutant : « Je suis pour ma part très préoccupé de l’esprit qui commence à régner, y compris d’ailleurs au sein des membres du G20, sur la question du climat », à moins de trois mois de la COP28. Il a dit entendre « un discours trop facile qui s’installe chez certains émergents pour dire que seuls les pays les plus riches ont une responsabilité ». Emmanuel Macron a appelé à « sortir très rapidement et beaucoup plus vite qu’aujourd’hui du charbon », dès 2030, mais aussi « le plus vite possible du pétrole », « bien avant 2050 ». « Les pays les plus riches doivent faire l’effort, nous sommes en train de le faire, ça nous coûte », a reconnu le chef de l’Etat, tout en demandant aux pays émergents, notamment aux producteurs de pétrole, de faire désormais aussi leur part.

Avec de la chance, le Président sera entendu, au moins par ceux qui liront le premier « Global Stocktake », dont on attend la publication pour l’ouverture de la COP 28. De quoi s’agit-il ? Du premier bilan global des efforts entrepris depuis les Accords de Paris pour en respecter les objectifs. Dénoncer, aussi, ceux qui s’en sont éloignés ou n’ont pas progressé. Mais cet exercice, d’ailleurs prévu dans les Accords de Paris eux-mêmes, se veut constructif, avec la mise en place de « feuilles de routes », de recommandations express pour « aider » à avancer. Le « Global Stocktake » est attendu comme un moment critique pour l’action climatique.

On le répète souvent, chez (RE)SET, les émissions de carbone sont un problème, mais ce n’est pas le seul et même sans doute pas (hélas !) le plus important à terme. Une bonne illustration de cette analyse est donnée par le nouveau rapport de l’Université de Stockholm, plus précisément le Stockholm Resilience Center qui pour la première fois présente de manière homogène et aussi complète que possible l’état des « 9 limites planétaires » qu’il a définies. Cette illustration se passe presque de commentaire tant elle est éclairante :

Où l’on constate donc que 3 limites avaient été franchies en 2009, 4 en 2015 et… 6 en 2023. Une petite digression sémantique, pour préciser le concept : en anglais, ce n’est pas terme « limite » qui est employé, mais bien « frontière ». Ce n’est pas comme si, les 9 limites dépassées, la planète allait éclater ou se dissoudre. C’est plutôt que quand on passe ces frontières, on arrive dans l’inconnu : on ne sait pas, techniquement, scientifiquement, quelles seront les conséquences précises. On se doute néanmoins qu’elles ne seront pas bonnes ! La nouveauté du rapport est aussi le franchissement des « frontières eau ». L’eau verte (celle que l’on ne voit pas, dans le sol, notamment) et l’eau bleue (celle que l’on voit, nos lacs, fleuves et rivières) ne sont plus suffisantes, en quantité et en qualité. On s’en doutait un peu, maintenant les chiffres globaux sont là. C’est bien pour cela que chez (RE)SET on propose des diagnostics ressources globaux (plusieurs méthodes possible, matrice de risques, CSRD, limites planétaires, …). L’important est de se poser l’épineuse question des ressources que l’on consomme, de leur caractère recyclable ou renouvelable, de leur disponibilité.

Place à nos rubriques hebdomadaires avec, dans le prolongement de l’eau, une autre ressource de la semaine, problématique, déjà évoquée la semaine dernière, mais l’importance du sujet autorise la répétition : le sable ! Face à la pénurie qui nous guette, le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) vient de publier une plateforme inédite capable de « rendre visible l’invisible ». Baptisée Marine Sand Watch, elle suit et surveille le dragage du sable dans le milieu marin en utilisant les données AIS (systèmes d’identification automatique). Pour rappel, une ville comme Paris est construite tous les cinq jours dans le monde, en termes d’équivalent consommation de sable…

Continuons dans les problèmes de ressources, cette fois alimentaire, avec La pénurie de la semaine, qui concerne l’un des principaux aliments consommés dans le monde, en particulier asiatique : le riz. L’envol mondial des prix du riz préfigure les risques alimentaires liés au climat, affirme Le Monde. 

La tribune de la semaine, co-signée Valérie Masson-Delmotte et publiée par Le Monde, a un titre qui se suffit presque à lui seul : L’accord de Paris ne suffira pas! » Une attaque au vitriol contre TotalEnergies et ses actionnaires, à propos notamment de son projet d’oléoduc géant entre la Tanzanie et l’Ouganda, qui « menace des écosystèmes sensibles et dont le développement a déjà contribué à des violations avérées des droits humains et, s’il est exploité, il contribuerait substantiellement à l’augmentation des émissions mondiales de gaz à effet de serre, selon le Climate Accountability Institute ». L’autre tribune de la semaine alerte sur le risque pour la France de se retrouver bientôt en « deuxième division » mondiale quant à ses capacités et résultats en matière de R&D et donc d’innovation (derrière la Finlande et la Suisse, par exemple…). Ce sont Louis Gallois (ancien patron d’Airbus) et Pierre Papon (ancien directeur du CNRS) qui le disent, donc on peut les croire ! Ils jugent notamment « impératif » d’atteindre un budget équivalent à 3% du PIB avant 2030. Un peu dans le même esprit, la troisième et dernière tribune de la semaine revient sur les retards accumulés par l’Europe et singulièrement la France en matière de voitures électriques, où la Chine est décidément loin devant, y compris sur le plan des technologies.

La citation de la semaine est à chercher dans le quotidien La Croix, avec cette formule de Géraldine Poivert bien mise en évidence sur LinkedIn :  » Tiraillés entre les demandes de rentabilité de leurs actionnaires, des standards de consommation qui évoluent peu, et leur propre carcan de pensées, [les patrons] sont l’incarnation des injonctions contradictoires auxquelles nous sommes tous confrontés. » Chez (RE)SET, nous sommes là pour aider les entrepreneurs à se poser les bonnes questions afin de pouvoir trouver les bonnes solutions 😉

Le chiffre de la semaine : 12 milliards d’euros d’ici 2027. C’est le montant que l’Espagne va mobiliser pour contrer les effets du manque d’eau dans ce pays soumis à des sécheresses de plus en plus intenses sur un nombre croissants de ses régions. L’autre chiffre de la semaine est plus modeste mais aussi révélateur : 1 milliard d’euros. Il s’agit seulement de dépenses en R&D, donc tout de même une somme rondelette : c’est le montant que l’Allemagne entend investir dans la recherche sur la fusion nucléaire, graal visé depuis quelques décennies par les scientifiques et qui ne devrait pas être atteint avant de nombreuses autres, affirment des spécialistes.

Le moment « geek vert » de la semaine intéressera tous les possesseurs d’Iphones : enfin, l’obligation européenne attendue depuis quelques décennies pour assurer une compatibilité des câblages de nos outils informatiques chéris commence à produire des effets, avec la fin du « lightning » au profit du connecteur USB-C. Quelques problèmes de câbles en moins au sein des bureaux de (RE)SET 😊

Côté biodiversité végétale, le titre de la semaine revient sans conteste à Libération avec son « Alerte aux dents de la mare », qui fait référence aux cyanobactéries, cousines d’eau douce des algues vertes, qualifiées d’algues bleues, qui pullulent désormais en France grâce aux périodes intenses de sécheresse.

Côté biodiversité animale, le prédateur de la semaine était le loup, objet de toutes les attentions de la Commission Européenne.  Il l’est à nouveau cette semaine car les choses se précisent à son encontre : Marc Fesneau, ministre de l’Agriculture, l’a annoncé au Parisien : « Il faut agir vite sur le prédateur ». Au point que nouveau « Plan Loup» devrait être présenté le 18 septembre. L’objectif ? Protéger les éleveurs, ce qui marque un changement de philosophie puisqu’il s’agissait auparavant de protéger surtout…les loups.

La vidéo de la semaine nous transporte loin au-dessus du fleuve amazone, haut dans le ciel, avec ce million de graines lancées par … un parachutiste militant. Pas sûr que cela soit suffisant pour pallier la déforestation, même sûr que non, mais on salue le geste et sa symbolique !

La devinette de la semaine dernière vous demandait ce que cette jolie fleur venait faire dans la Breaking (RE)NEWS et vous fournissait comme indice le chiffre de 423 milliards de dollars par an. Il s’agissait bien sûr de la jacinthe d’eau, l’une de ces espèces exotiques envahissantes qui constituent une grave menace mondiale. Selon l’IPBES (l’équivalent du GIEC mais pour la biodiversité) qui vient de publier son rapport sur ce sujet, ces plantes coûtent déjà 423 milliards de dollars par an! Un chiffre en hausse exponentielle.

La devinette de cette semaine s’adresse aux amateurs de LinkedIn (ils sont nombreux !), dont un membre a publié cette photo ci-dessous, prise par lui il y a quelques jours avec un commentaire avisé. Mais de qui peut-il bien s’agir ? Indice : cette personne maîtrise particulièrement bien son sujet ! « Il s’agit du glacier Forni, second plus grand glacier des Alpes italiennes, dans le massif du Cevedale (parc national du Stelvio), l’un des glaciers du monde étudié attentivement depuis la fin du 19ème siècle. Dans cette région les glaciers ont perdu 40% de sa surface depuis les années 1950, et ce recul s’est accéléré au cours des derniers 20 ans. L’absence de neige fraîche, la surface sombre (albédo faible) clairement visibles sur cette photo font partie des facteurs qui contribuent à une augmentation de la saison d’ablation et, par un bilan de masse négatif, à cette désintégration des glaciers. »