BREAKING (RE)NEWS DU 6 OCTOBRE 2023 : L’AUTOROUTE VERS L’ENFER CLIMATIQUE

La planète compte un lanceur d’alerte climatique éminent dont la virulence est au moins comparable à celle d’Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU. Quand ce dernier prévenait la COP 27 que « nous sommes sur l’autoroute vers l’enfer climatique », le pape François, qui s’y connaît en enfer, a lancé cette semaine avec un peu d’avance la COP 28 en affirmant que « le monde s’écroule ». Le souverain pontife a appelé à une transition énergétique « contraignante » dans un texte publié mercredi 4 octobre. Le jésuite argentin déplore des réponses « insuffisantes » alors que le monde s’approche d’un « point de rupture ». Le pape insiste sur les dégâts causés par « l’intervention effrénée de l’homme sur la nature ». Il fustige le « mode de vie irresponsable du modèle occidental », pointant notamment du doigt les États-Unis et la Chine pour leurs émissions de gaz à effet de serre. Jorge Bergoglio met aussi en garde face aux « opinions méprisantes et déraisonnables » des climatosceptiques.

Des climatosceptiques qui en effet, c’est une bizarrerie du moment, relèvent la tête un peu partout dans le monde et notamment en France, où «  l’armée du doute », pour reprendre l’expression du quotidien du soir, s’en prend avec toujours plus de violence aux climatologues, en première ligne de ce combat que l’on espère d’arrière-garde. Harcelés sur les réseaux sociaux, vilipendés en toutes occasions par des ennemis aussi radicaux que bien organisés, les scientifiques peinent parfois à faire entendre raison. Ce qui justifie peut-être ce petit dessin de presse 😉

Et pourtant l’évidence s’impose, ce mois de septembre 2023 plus que jamais ! Car en septembre, comme en août, juillet et juin, la température mondiale moyenne a battu son record depuis que l’on en prend la mesure. Au niveau mondial, la marge est même « « extraordinaire » », selon l’adjectif retenu cette semaine par l’Institut Copernicus. Une marge qui vaut tant pour la température de l’air que pour celle de la mer, avec les conséquences que l’on sait sur la biodiversité. En France aussi, l’automne est « chaud », mais cela vous l’aviez sans doute déjà constaté par vous-même.

Pendant que « le monde s’écroule », donc, l’Europe s’organise avec le lancement cette semaine d’un dispositif réellement intéressant et ambitieux : le MACF. Oui, l’Europe aime bien les acronymes abscons. Le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières, autrement appelé « taxe carbone aux frontières » est suffisamment complexe et potentiellement structurant pour nécessiter une période de test « à blanc », qui durera jusqu’en janvier 2026 avec une montée en puissance jusqu’en 2034. L’Usine Nouvelle qualifie cette période de « crash test », s’agissant d’un mécanisme vécu comme « un scénario catastrophe » potentiel par une bonne partie de l’industrie française : « Si on ne l’applique pas de façon intelligente, nous serons en danger. Elle se transformera en outil de désindustrialisation massive », s’alarme ainsi le président de France Industrie. Ce scénario catastrophe « affole les entreprises », renchérissent Les Echos, car elles sont « effrayées » par deux risques principaux.

D’abord un risque bureaucratique, de paperasserie, qu’elles exècrent, car techniquement on ne sait pas encore trop comment renseigner les importations des six produits concernés (l’acier, l’aluminium, le ciment, l’engrais, l’hydrogène et l’électricité, mais aussi des produits transformés comme les boulons et les vis – l’ensemble de ces secteurs représente plus de 50 % des émissions industrielles du continent européen). Concrètement, déclarer ses importations et les émissions de carbone liées à ces produits n’est pas si simple pour les industriels et pourrait devenir un vrai « casse-tête administratif », disent-elles, durant la phase d’essai.

Un risque de compétitivité, surtout, tant que 1/ tous les produits ne sont pas concernés et 2/ tous les pays ne disposent pas de mécanismes de ce type. Même si la finalité même du MACF est de forcer, pardon d’encourager, les pays du monde entier -au moins ceux qui entendent exporter en France- à adopter des systèmes de taxe carbone, il est clair que cela pourrait prendre plusieurs décennies. La phase intermédiaire, qui vient de s’ouvrir, sera riche de périls. N’empêche, le jeu en vaut la chandelle ! Car rien ne sert de diminuer ses émissions de gaz à effet de serre chez soi si c’est pour les importer d’ailleurs, lesdites émissions, comme le nuage de Tchernobyl, ne connaissant pas de frontière 😉

Pour débuter nos rubriques hebdomadaires rubriques, restons en Europe. C’est bien à ce niveau là que, de plus en plus, l’essentiel se joue… L’accord européen de la semaine porte sur les gaz fluorés : d’ici 2050, ils devront avoir disparu de nos réfrigérateurs, climatiseurs et autres pompes à chaleur. Aujourd’hui encore indispensables au fonctionnement des systèmes de réfrigération, les gaz fluorés, et plus précisément les hydrofluorocarbures – appelés HFC –, sont de puissants gaz à effet de serre au pouvoir réchauffant 1 000 à 10 000 fois plus élevés que le CO2. Leurs prédécesseurs, les tristement connus CFC, sont à l’origine du trou dans la couche d’ozone en Antarctique, encore plus destructeurs à court terme. Mais les HFC ne sont que « moins pires », ils restent des polluants notoires, rappelle Libération, tandis que Les Echos précisent : « les HFC seront interdits dans les réfrigérateurs dès 2026, dans certaines petites pompes à chaleur et certains systèmes de climatisation à partir de 2027, puis dans tous les climatiseurs et pompes à chaleur entre 2032 et 2035. Ils seront prohibés dans les aérosols techniques après 2030, et dans les mousses après 2032 ». Il sera également interdit d’exporter hors d’Europe les produits concernés.

Le développement judiciaire de la semaine concerne TotalEnergies, poursuivi cette fois au pénal : « En 2022, TotalEnergies a généré davantage de gaz à effet de serre que la France, soit près de 1 % des émissions mondiales », selon les données communiquées par l’entreprise. Présentée comme « l’un des principaux contributeurs au dérèglement climatique », elle était, en 2018, la cinquième société privée la plus émettrice au monde, selon le Climate Accountability Institute. TotalEnergies est donc désormais visé par une plainte au pénal pour « abstention de combattre un sinistre et homicide involontaire », raconte Le Monde.

L’autre (!) développement judiciaire de la semaine concerne les mégabassines, avec un juge administratif qui vient d’annuler les projets de quinze retenues d’eau en Nouvelle Aquitaine. Le motif invoqué ? « Inadaptation au changement climatique », mais aussi manque de transparence et caractère incomplet des travaux d’études d’impact écologique. C’est Novethic qui en parle le mieux.  

La poubelle de la semaine est inédite : il s’agit de l’espace, où l’on ne doit pas non plus jeter ses déchets n’importe où, au risque sinon de devoir s’acquitter d’ amendes salées, pour abandon de débris : la Commission américaine des communications (FCC) a infligé, lundi 2 octobre, une amende de 150 000 dollars à Dish Network pour avoir abandonné l’épave d’un satellite sur une orbite jugée dangereuse. Jamais une entreprise du secteur spatial n’avait été mise à l’index pour de tels faits.

Le trou dans la raquette de la semaine concerne la planification écologique dans le secteur du logement, à en croire une enquête du Monde. Ce ne sont pas les objectifs, louables, qui sont en cause, mais la capacité à les financer car « les banques ne sont pas au rendez-vous »,  lors même qu’une majorité des dépenses devront venir du secteur privé.

La vidéo de la semaine nous montre une magnifique sphère. Non, il ne s’agit pas de la planète terre, mais de la nouvelle salle de concert de Los Angeles. Aussi envoûtante que catastrophique sous l’angle du développement durable, ce gouffre énergétique, comme le qualifie Le Parisien, est notamment composé d’un million ( !) de lampes LED. Avec ses 95 000 MWh consommés en un an, la boule de Las Vegas dévore l’équivalent de ce que consomment en électricité 20 000 foyers français dans une ville de la taille de Valenciennes. « The Sphere » a coûté plus de 2 milliards d’euros et peut accueillir 18 000 personnes. [NDLR : il est piquant de constater que c’est le groupe U2 qui inaugure la Sphère – on connaît les engagements fort de son illustre chanteur, Bono, très présent notamment dans la promotion des investissements à impact…]

La solution miracle de la semaine pour la transition énergétique ne le sera pas avant… longtemps. En effet, l’hydrogène a de nombreuses vertus, mais pas celles d’être aisé ou peu onéreux à transformer en énergie vraiment « propre », s’il faut en croire cette enquête du Monde. L’hydrogène d’en demeure pas moins intéressant, mais à l’horizon de trois ou quatre décennies, nous dit-on.

Le sommet européen de la semaine s’est tenu hier à Grenade. Dans la plus grande discrétion, du fait de l’annulation de la couverture presse qui devait y être associée. Il ne semble pas que les débats aient autant avancé que souhaité. Dommage, surtout si l’on suit l’auteur de cette tribune publiée dans Le Monde et qui appelait les participants au sommet (27 chefs d’Etat ou de gouvernement) à profiter de l’opportunité pour réaffirmer leur engagement sur le Green Deal, alors que celui-ci fait l’objet de contestations toujours plus vives dans certains Etats, au point de retarder la programmation de certains textes, sur les pesticides et la biodiversité, notamment.

Europe toujours et encore, avec les nominations de la semaine, qui n’ont pas été simples. Les Echos racontent comment les deux futurs pilotes du pacte vert ont raté leur grand oral devant le parlement européen. Auditionnés lundi et mardi, Maros Sefcovic, proposé pour piloter le Pacte vert, et Wopke Hoekstra, qui a vocation à devenir le « Monsieur climat » de l’UE, ne sont pas parvenus à réunir une majorité des deux tiers en leur faveur. Mais ils ont réussi l’écrit de rattrapage, précise Novethic. Il faut dire que « Mr Climat » a deux lignes « compliquées » dans son CV, ayant bossé pour Shell mais aussi pour Mc Kinsey 😉

Le point d’étape de la semaine a été présenté par Christophe Béchu : le plan eau est… au milieu du gué 😉. La mise en œuvre des mesures qu’il comporte avance doucement, jugent Les Echos, tandis que Libération préfère donner la paroles a des experts qui dénoncent « un catalogue de mesurettes non structurantes ».

Le fiasco de la semaine nous vient des Etats-Unis et concerne le recyclage des déchets plastiques, avec une grande enquête de Bloomberg qui n’est pas passée inaperçue. Le procédé devient à la mode, pour les ONGs et certains médias : inclure discrètement des puces électroniques de type GPS et les introduire dans des vêtements ou ici, des déchets plastiques, afin de constater ce qu’il advient vraiment de ces objets « pucés ». En l’espèce, au moins 40% des déchets plastiques dûment estampillés par Coca-Cola, Nestlé, Amazon et plus de 500 marques ont achevé leur triste vie dans… des décharges donc loin, très loin, des ambitions de recyclage proclamées. Ce qui fait dire à Novethic que le recyclage plastique de ces entreprises a échoué aux Etats-Unis.

La devinette de la semaine dernière nous permettait de rappeler que, chez (RE)SET, on adore mettre les mains dans le moteur. Mais de quel moteur s’agissait-il ? La dominante verte de la photo était un indice.

Il s’agit du moteur du premier porte-conteneur au monde fonctionnant au bioéthanol, le « Laura-Maersk », danois, baptisé récemment en présence de sa marraine, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, en campagne pour défendre son Pacte vert européenLa devinette de cette semaine est une mesure : « 4805,59 mètres ». Elle aussi a fait les titres de l’actualité. De quoi s’agit-il ? Indice : on parle plus ici de hauteur que de longueur !