FAIRE DU TEXTILE MADE IN FRANCE UN SUCCÈS INDUSTRIEL

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Dernière mis à jour : 01/04/2026

Le secteur du textile ambitionne de relocaliser une partie de sa production en France. Pour être compétitive, écrivent trois spécialistes, la filière française doit changer son modèle de production et investir dans l’innovation.

« Il va falloir convaincre les décideurs de la pertinence économique du made in France et casser certaines idées reçues qui persistent. »

La relocalisation gagne du terrain dans le secteur du textile. Face à la pression des consommateurs soucieux des enjeux sociaux et écologiques, et pour répondre aux nouvelles contraintes réglementaires sur l’économie circulaire, la filière textile passe à l’acte et amorce sa plus grande révolution : sa réindustrialisation au plus proche des lieux de consommation. Mais ne soyons pas naïfs, le chantier est colossal. Car derrière l’idéal d’une souveraineté industrielle retrouvée, se cachent des défis de taille – économiques, technologiques, de compétences – qui nécessitent d’agir vite avec des mesures d’ensemble, pour gagner le pari de l’emploi et de la compétitivité.

Il va falloir convaincre les décideurs de la pertinence économique du made in France et casser certaines idées reçues qui persistent. En ligne de mire : la compétitivité des sites de production asiatiques qui confectionnent du « fast fashion » en masse et à moindre coût et dont l’engouement pèse encore lourd dans les choix stratégiques. Cette vision est réductrice sur la stratégie d’achat d’un vêtement, contestable d’un point de vue éthique et écologique mais aussi d’un point de vue économique ! Car qu’en est-il de la rentabilité d’une collection, produite à l’aveugle plus de 6 mois avant son lancement et dont la moitié des vêtements seront soit soldés, démarqués ou détruits ?

Le textile ne doit pas faire l’économie de changer de modèle. La production en circuit court et à la demande, pour être au plus près des attentes des consommateurs et des lieux de consommation, peut être efficace et rentable.

ECONOMIE CIRCULAIRE

Un des premiers enjeux pour y arriver est l’accès à la ressource matière. C’est une question essentielle pour retrouver notre indépendance vis-à-vis des pays asiatiques, poser la première pierre de la relocalisation et amorcer la croissance verte du secteur. La France possède un trésor de guerre : 40% des 640.000 tonnes de vêtements jetés et collectés chaque année qui sont valorisés en chiffon, en isolant ou encore en énergie, alors qu’ils pourraient être recyclés dans la filière textile.

L’économie circulaire propose une voie pour ces déchets : la collecte, le tri et le recyclage. Une équation simple sur le papier mais complexe à réaliser pour détecter les vêtements de la même composition, les démanteler, recréer de la matière… Et qui va nécessiter de lourds investissements, dans des technologies de pointe. La politique de relance du gouvernement doit considérer ces investissements comme prioritaires pour développer de nouveaux bassins textiles au modèle vertueux.

TEXTILE 4.0

Là encore, la tâche est immense pour reconquérir la puissance que nous avons perdue sur la confection, même si nous en avons préservé, grâce à la mutation vers le luxe, l’essentiel des savoir-faire. Il nous faut bâtir, avec le soutien des territoires, la nouvelle génération d’usine textile 4.0, plus digitalisée, automatisée et compétitive, en accroissant la performance d’une industrie textile traditionnelle qui sait faire preuve de résilience. L’enjeu de la formation et de l’attractivité des métiers de la mode et du textile, conjugué à un allégement de la pressions fiscale, est également clé pour remporter la bataille de la compétitivité.

Alors que s’ouvre le chapitre de la relance économique, mobilisons l’ensemble des acteurs de la mode et du textile – marques, confectionneurs, « textiliens », organismes professionnels – et osons investir, avec le soutien des pouvoirs publics, dans des solutions disruptives pour retisser avec fierté le fil de l’histoire du textile français.

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