GÉRALDINE POIVERT VEUT RENDRE LA RÉPARATION DÉSIRABLE

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Dernière mis à jour : 19/02/2026

À la tête de (RE)SET, cabinet de conseil en transition environnementale, l’ancienne dirigeante de Citeo appelle à donner un second souffle à l’économie circulaire, en perte de vitesse.

Le cabinet (RE)SET, fondé par Géraldine Poivert, accompagne les entreprises dans des trajectoires concrètes de transformation écologique et économique.

« Nous sommes entrés dans l’ère de la guerre des ressources. » Cette réalité, Géraldine Poivert n’hésite plus à la marteler. Il faut dire que cette « fille du Sud » a plus de deux décennies de regard sur la question. En 2020, ambassadrice France 2030, elle cofondait (RE)SET, premier cabinet de conseil dédié à la transition économique et environnementale. Née face à la Méditerranée, celle qui voue toujours un attachement viscéral à la mer file les métaphores à toute vitesse et cite aussi bien Thomas Edison que Winston Churchill et Martin Luther King.

C’est au début des années 2000, après un DEA en sciences politiques, qu’elle plonge dans le grand bain de l’écologie. Après un mémoire de longue haleine sur la construction sociale de la différence des sexes, elle se retrouve soudain propulsée dans la grande distribution « à une époque où elle était bien plus puissante qu’aujourd’hui ». En France, l’époque est au début des réglementations environnementales. L’Ademe vient de sortir son premier bilan carbone et le Grenelle de l’environnement ouvre ses portes.

Pendant plusieurs années, Géraldine Poivert participe à la suppression des sacs de caisse, à la création du premier label d’agriculture raisonnée et aux premiers bilans carbone des marques. « Mon engagement a toujours été pragmatique », raconte-t-elle avant d’insister : « La transition environnementale est économique. Elle doit se planifier, passer par des usines, des nouveaux programmes. Aujourd’hui, on fuit ces débats. »

L'ÈRE DES ÉCO-ORGANISMES

En 2007, Géraldine Poivert fonde Ecofolio, l’éco-organisme du papier qui, plus tard, fusionnera avec Eco-Emballages pour devenir Citeo. « Je suis tombée amoureuse du modèle des éco-organismes », explique-t-elle en décrivant un secteur en crise de maturité. « Demander à l’acteur en charge de concevoir le produit de concevoir aussi sa fin de vie, c’est un joli modèle économique. »

Le papier, lui, est un matériau nativement circulaire. Géraldine Poivert raconte ses années d’aventure au sein des usines papetières où elle apprend que la transition environnementale est un véritable sport d’équipe. Elle y découvre aussi que l’économie circulaire peut répondre à une partie de nos enjeux de compétitivité. « En France, nous n’avons pas de pétrole, mais nous avons des idées. Notre handicap d’avoir moins de ressources que d’autres est finalement notre Eldorado. Nous avons cette obligation de la circularité. »

L'ÉCOCONCEPTION EN BERNE

De l’apparition du recyclage des déchets sous François 1er à la création des premiers éco-organismes dans les années 1990, la France a été l’un des premiers pays à se lancer dans le recyclage des déchets. Mais le secteur aujourd’hui s’essouffle. Trente ans après leur création, les éco-organismes doivent désormais se pencher sur la réincorporation des matières et la réparation.

Géraldine Poivert pointe du doigt un manque d’investissement dans le secteur et des difficultés à ouvrir des usines. De manière générale, la circularité n’a plus le vent en poupe. Dans l’Hexagone, seules 6 à 7 % des pièces détachées de la réparation automobile viennent de l’économie circulaire. « Nous n’avons plus assez de réparateurs automobiles. Nous manquons d’artisanat. Pourtant, une pièce reconditionnée est aussi bonne pour l’environnement que pour notre compétitivité économique. » (RE)SET travaille aussi à remettre le citoyen et le marketeur au coeur du processus. « Le marketing, véritable machine à créer de la désirabilité, doit désormais rendre la réparation désirable. Nous n’avons pas encore trouvé le ressort qui va faire que le geste n’est pas forcé, mais un réflexe auquel on ne pense plus. »

Depuis peu, (RE)SET accompagne Circ, une entreprise américaine qui prévoit d’installer une usine de recyclage des textiles en Moselle. La mise en service est prévue pour 2028. « Le textile est un univers passionnant car il est au confluent de plusieurs sujets. Le vêtement est un marqueur social depuis la nuit des temps. Il incite à repenser le marketing et à nous pencher sur une industrie que nous avons perdue. Il résume très bien les injonctions paradoxales de la transition environnementale. »

OPÉRATIONNALISER LA TRANSITION ENVIRONNEMENTALE

« Comme Apollinaire, mon métier est de rallumer les étoiles », sourit Géraldine Poivert. Lorsqu’elle crée (RE)SET en pleine crise du Covid-19, elle a une ambition : accompagner les entreprises dans leur passage à l’action. Le cabinet propose un diagnostic global des activités pour enclencher de véritables trajectoires de transformation. Six ans plus tard, l’entrepreneuse se réjouit d’avoir créé des consultants pionniers dans le domaine mais regrette que le modèle économique soit un frein au développement de la transition écologique.

Alors que le backlash écologique est sur toutes les lèvres, Géraldine Poivert rappelle l’importance de la responsabilité sociétale et environnementale de l’entreprise (RSE). « Elles ont le droit de faire du business. Certaines d’entre elles nous permettent de nous vêtir, nous transporter, nous soigner. Mais elles doivent prendre leur part. » Elle regrette ce qui s’apparente à une erreur stratégique : « Nos régulations ont manqué de planification et d’investissement. De la même manière qu’on ne pose pas un avion sans roues, on ne peut décréter le développement des énergies renouvelables sans un plan d’investissement allant de la R&D à la mise sur le marché. »

Loin de croire au négationnisme climatique de Donald Trump, Géraldine Poivert s’inquiète de l’intérêt du président américain pour le Groenland : « Les Etats-Unis répondent au problème environnemental par la voracité. Face à cet accaparement des ressources, l’Europe n’a pas d’autre voie que d’entrer dans sa décennie du Green Deal. » Elle propose une solution sous forme de triptyque : investir, opérationnaliser et protéger les marchés. A ses yeux, de véritables politiques de l’eau et d’aménagement du territoire ne pourront voir le jour sans la création de politiques publiques déclinées par le privé. Elle en appelle désormais au courage de la décision politique. La transition environnementale, insiste-t-elle, mérite bien mieux qu’un débat académique : du pragmatisme.

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