ÉCOLOGIE : UNE RADICALITÉ PEUT EN CACHER UNE AUTRE

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Dernière mis à jour : 26/03/2024

Depuis quelques années, les militants écologistes radicaux tentent d’alerter sur le réchauffement climatique. La radicalité réside-t-elle dans leurs actions coup de poing ou dans le manque d’actions des dirigeants, s’interroge Géraldine Poivert.

« Les militants sincères aspergeurs de soupe ne sont pas stupides : ils savent que leur geste ne va pas diminuer le rythme d’émission des gaz à effet de serre dans le monde. »

Asperger de soupe « Le Printemps » de Claude Monet, s’en prendre à « La naissance de Vénus » de Botticelli, tartiner de crème « La Joconde » de Léonard de Vinci, coller ses mains ici ou là, s’enchaîner ailleurs… On assimile les écologistes dits « radicaux » à ce type d’action. Mais ces actes à vocation médiatiques prennent-ils le problème « à la racine » ?

La radicalité, étymologiquement, trouve pourtant sa source dans le latin « radicalis », lui-même dérivé de « radix » : « racine », donc. Relever les défis de la transition économique et environnementale à la racine, cela signifie-t-il se coller les mains sur le capot du moteur productif, ou l’ouvrir, s’y plonger, en ressortir perplexe, imaginer des solutions et les mettre en oeuvre ?

LE TEMPS DE L'ALERTE EST RÉVOLU

Pour être honnête, les militants sincères asperseurs de soupe ne sont pas stupides : ils savent que leur geste ne va pas diminuer le rythme d’émission des gaz à effet de serre dans le monde. Ils le font pour « alerter ». Très bien. Mais l’alerte a déjà été donnée depuis des années et même des décennies. Les films et les séries télé à succès sont passés par là et c’est tant mieux !

Il n’est plus temps de lancer des alertes, aussi bien intentionnées soient-elles. Il n’est plus temps non plus de lancer des débats : ils ont déjà eu lieu. L’heure est passée aussi de s’interroger sur les concepts. Développement durable, croissance verte, sobriété, peu importe aujourd’hui !

La radicalité, la vraie, ne doit pas consister à faire peur (« c’est la fin du monde, tout est foutu ! ») ni à faire craindre des lendemains qui déchantent (« vous ne pouvez prendre l’avion que quatre fois dans votre vie ») au risque sinon de provoquer l’inverse de l’effet souhaité, voire de mettre les citoyens dans la rue (bonnets rouges et roses, gilets jaunes et orange, agriculteurs et routiers en colère).

La « racine » du problème est connue : des ressources raréfiées pour une population toujours croissante, une croissance effrénée qui s’est faite par les gains de productivité eux-mêmes issus de la consommation d’énergie (entre autres ressources) largement fossile. S’attaquer à cette racine, être radical, consiste à résoudre cette équation, pas à la dénoncer, s’en émouvoir ou sauter sur sa chaise comme un cabri en criant « l’écologie, l’écologie, l’écologie », pour paraphraser Charles de Gaulle à propos de l’Europe.

N'ATTENDONS PAS POUR AGIR

L’heure est donc à l’action ! Et rien n’empêche cette action, pas même la « pause » décrétée ici ou là, en France comme en Europe. Car si pause il y a, elle intervient après que les principales décisions ont été prises. L’État, les entreprises, les citoyens, les dirigeants du monde entier ont beaucoup annoncé, ces vingt dernières années. Ils ont encore plus promis, d’une COP à l’autre. Comme le répète à l’envi – et à juste titre ) la climatologue Valérie Masson-Delmotte, le décalage va croissant entre les engagements et les actes. On pourrait ajouter : entre la loi et son application, entre les « Plans » et leur réalisation, entre les déclarations et leurs mises en oeuvre, entre l’apparence et la réalité.

Ainsi du plan Ecophyto, dont il a fallu attendre la troisième mouture pour comprendre qu’il ne servait pas à grand-chose. Ainsi, aussi, des « fonds verts » des banques qui se révèlent marrons, de la même couleur mal définie que le budget vert de l’État. De même, quand une grande entreprise pétrolière jure ses grands dieux d’avoir pris la mesure des défis et continue de dépenser plus en rémunération de ses actionnaires qu’en investissements dans les énergies renouvelables.

Ou quand les constructeurs automobiles se jettent à corps perdu dans le design de « gros SUV électriques ». Ou encore quand les plus grands producteurs d’eau en bouteille « oublient » qu’elle doit être « pure et minérale ». Sans parler des entreprises aériennes qui se « rachètent » en proposant aux passagers des cafés bios dans des tasses en papier, ou des plus grands vaisseaux de croisière au monde qui organisent un tri sélectif des déchets de leurs clients…

La vraie radicalité, celle qui s’attaque à la racine, n’est-elle pas simplement de cesser de se payer de mot et agir ? Les enjeux sont connus. Les difficultés le sont autant. Le cadre juridique est, pour l’essentiel, posé. De nombreuses solutions, pragmatiques, sont déjà prêtes. Reste à s’en saisir, à mettre en conformité les actes avec les engagements. C’est valable pour tout le monde : individus, entreprises, États. Grands capitalistes, gouvernement et militants écologistes pourraient se retrouver dans cette radicalité-là. Celle qui fait concrètement avancer les choses.

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